La e-Cité
Simple vue de l'esprit ?


L’eau qui sourd est un phénomène extraordinaire, donc mystérieux, voire inquiétant que l’homme, dans sa volonté d’imposer sa culture à la nature, n’a pas manqué de vouloir contrôler, d’abord en lui fournissant une explication, que ce soit par le coup de bâton ou de crosse de saint Sané au Cloître ou par l’effleurement du pied de la Vierge à Bodonnou ; ensuite en le circonscrivant dans une construction conçue et organisée par lui, c’est-à-dire une fontaine.

Chacun trouve à la source de son village une importance particulière, mais tout le monde s’accorde pour reconnaître à la fontaine du Cloître la primauté sur toutes.
En ce lieu, l’eau jaillit de partout. Mais il est une source plus importante que les autres, celle obtenue, dit on, par saint Sané lui-même, le patron de la paroisse.
A ce titre elle était naguère consultée pour connaître l’avenir des enfants gravement malades. Pourtant elle est discrète, trop discrète car elle a bien failli disparaître il y a peu, quand on a conçu qu’elle pouvait être un danger… Après l’avoir, dans un premier temps, comblée de terre et de pierres, on a tenu à la placer sous les barreaux d’une grille verrouillée !
Tout à côté est une autre fontaine, plus monumentale, sous le patronage de la Vierge dont la statue en kersanton est placée sur le mur d’enceinte.

Au rang des fontaines sacrées figurent aussi celle du Poullic, consacrée à saint Divy, celle de Bodonnou, aujourd’hui asséchée, celle de la Trinité, à la symbolique évidente de trois sources s’écoulant en un seul bassin, celle de Feunteun-Sané bien qu’il n’y ait pas de manifestation de culte à son sujet.
Une fontaine est dite « du Diable » à Coadénez : on pouvait y boire avec un gobelet d’argent aussi longtemps que son propriétaire, éminemment diabolique, fut en mesure d’assurer la conservation de ce précieux objet qui ne manquait pas, on se l’imagine, de susciter les convoitises. Un jour pourtant, un paysan fut le plus malin…

Après chaque fontaine vient un lavoir. Encore largement en usage jusqu’au début des années 1960, ils sont depuis tombés en désuétude et, sauf entretien opiniâtre de la part des riverains, ils ont pour ainsi dire disparu du paysage…
Ils ont pourtant joué un rôle important par le passé, quand ils constituaient un haut-lieu de la sociabilité féminine. Leurs parages étaient aussi redoutables, après le coucher du soleil, puisque l’on pouvait alors craindre d’y rencontrer la « femme au battoir » (mouez ar golvez), la lavandière de nuit qui ne lavait jamais rien d’autre que des linceuls…

L’eau qui s’échappait des lavoirs s’en allait, par un système complexe de canaux, irriguer les prairies si essentielles à l’économie paysanne traditionnelle.
Aujourd’hui le drainage s’est substitué à l’irrigation.

De temps en temps le ruisseau se heurtait à une « chaussée », c’est-à-dire au barrage d’un moulin : il y en avait 24 à Plouzané en 1846. Tout un nouveau système de canaux et de biefs était alors organisé pour conduire l’eau en cascade sur la roue du moulin ou pour l’évacuer en aval par un trop-plein. De ces installations encore nombreuses au début de ce siècle, il ne reste guère que des vestiges, parfois perceptibles cependant pour peu que l’on se donne la peine de repérer la topographie de tels lieux, sous le manteau végétal qui les a recouvert : au Lenngoz par exemple, réserve du moulin de Keragroaz ou encore dans la vallée du Minou, à Porquéné, non loin de la plage, sur le Dour Kerlavezan.

Publié par Gaëlle à 12:40 · (0) Commentaires ·
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